Inferni, Victor Hugo, 1802-1885 Quelques-uns ont été des édens et des astres. Et l'on voit maintenant, tout chargés de désastres, Rouler, éteints, désespérés, L'un semant dans l'espace une effroyable graine, L'autre traînant sa lèpre et l'autre sa gangrène, Ces noirs soleils pestiférés ! (...) Où vont-ils ? La nuit s'ouvre sur eux et se referme. Le ciel, quoiqu'il soit l'ombre où la clémence germe, Ignore le gouffre puni ; Et nul ne sait combien de millions d'années Doivent errer, traînant les larves forcenées, Ces lazarets de l'infini. Eh! quel effroi sur terre, et même au fond des tombes ! Quel frisson, si, parmi les foudres et les trombes, Aux lueurs des astres fuyants, Nous voyions, dans la nuit où le sort nous écroue, Surgir lentement l'épouvantable proue D'un de ces mondes effrayants !